HIM, c'est d'abord l'inventeur autoproclamé du « love metal » : un concept musical alternant ballades mélancoliques et rock songs aux accords heavy, le tout relevé d'un romantisme gentiment gothique. Mais HIM, c'est surtout son chanteur Ville Valo, icône mélancolique très glam(our), dont l'image est devenue, aux yeux de ses admirateurs et de ses détracteurs, indissociable de celle du groupe.
Gueule d'ange au sourire légèrement sardonique, Valo se plaît à relever une grâce presque féminine de quelques traits de maquillage, pour donner une touche un peu glam à son personnage. Mais Valo est aussi un rocker. Pour les photographes, il pose accompagné d'une bouteille de (bon) vin, une sempiternelle cigarette au coin des lèvres. Le chanteur n'a pas besoin de se forcer, il fume paraît-il comme un pompier... N'oublions pas, donc, que HIM est avant tout un groupe de rock énervé, estampillé gothic metal à ses débuts, navigant alors dans les mêmes eaux que ses compatriotes de Sentenced, The 69 Eyes ou The Rasmus.
Petit retour en arrière à Helsinki, au milieu des années 1990. Ville se morfond dans le sex-shop de son paternel (véridique !) où il tient la caisse. Déçu par la plupart des titres qu'il entend à la radio, il décide de monter son propre groupe avec des potes du lycée. Valo assure le chant, Migé Amour choisit la basse tandis que Lily Lazer opte pour la guitare. Avec deux autres musiciens, ils effectuent quelques concerts sous le nom de His Infernal Majesty, avant d'en conserver uniquement les initiales. HIM n'est au début qu'un simple cover band, spécialiste des reprises de Type-O-Negative, une formation de métal gothique très en vogue outre-atlantique.
Rapidement, le quintette abandonne les reprises et se lance dans la composition. En 1996 sort le premier enregistrement studio du groupe, 666 Ways To Love : Prologue. Ce quatre titres, aujourd'hui culte (et donc introuvable), mélange des influences très diverses. On y trouve des références au hard rock (Black Sabbath) ainsi qu'au rock (Billy Idol) ou à la new wave (Depeche Mode). Le titre puise sa symbolique dans l'imaginaire (et l'imagerie) sataniste (666 est le chiffre de la Bête, symbole de l'antéchrist aux origines imprécises mais au succès évident du côté des adorateurs du Malin). N'y voyez pourtant rien de très maléfique. Pour les musiciens, le nombre 666 représente simplement l'amour déchiré entre le bien et le mal. Pourtant, Valo, qui avoue sa passion pour Edgard Allan Poe, apprécie le folklore de l'Europe de l'est, savoure la viande rouge et dévore le Malleus Maleficarum (traité publié au 15ème siècle et utilisé par les Inquisiteurs pour châtier les sorcières). Le vocaliste aime ainsi entretenir ce côté légèrement diabolique, gentiment vampirique, rappelant à l'occasion ses origines transylvaniennes.
HIM - avec il est vrai une certaine arrogance - s'autoproclame inventeur d'un nouveau style : le « love metal ». Concept original pour les fans, farce grotesque et caricaturale pour ses détracteurs, le love metal séduit par ses mélodies imparables, ses ballades sirupeuses, sur fond de guitares énervées et de batterie pachydermique.
Le premier véritable album, Greatest Lovesongs Vol. 666, sort dans les bacs en 1998. Le succès est immédiat en Finlande, notamment grâce à « Wicked Game », reprise musclée de Chris Isaak. Deux ans plus tard, Razorblade Romance enfonce le clou. Avec ce disque enregistré au Pays de Galles, HIM investit le marché européen. Razorblade Romance atteint la première place des charts allemands dès sa sortie. Les ventes s'envolent dans pas mal d'autres pays européens, en Pologne, en Grèce, et bien sûr en Finlande. Les singles et les succès s'enchaînent. « Right Here In My Arms », « Poison Girl », « Gone With The Sin », « Join Me (In Death) » investissent les ondes des radios européennes. Même la France n'échappe pas à la contagion. D'ailleurs, surpris par l'étendue de ce succès, les organisateurs de la tournée européenne sont obligés de revoir la taille des salles de concerts. En tout cas, à Paris, c'est dans une Boule Noire pleine à craquer que les fans découvrent le groupe sur scène. L'ambiance est surchauffée, et les hurlements (féminins) quasi hystériques qui fusent des premiers rangs ne déconcentrent pas une formation déjà très professionnelle. Mais la gente masculine s'est aussi déplacée massivement, preuve que HIM n'est pas seulement un groupe pour midinettes.
Le troisième album, souvent décisif dans la carrière d'un groupe, va-t-il entériner le succès de HIM ? Deep Shadows and Brilliant Highlights, sorti en 2001, surprend. Les Finlandais choisissent de s'éloigner du hard rock. Leurs compositions, plus classiques, mêlent rock mélancolique et ambiances éthérées. L'ensemble lorgne plus vers Neil Young que Black Sabbath... Issu de la scène métal gothique finlandaise, au même titre que To/Die/For, Entwine ou The 69 Eyes, le groupe décide de s'écarter des voies métalliques empruntées par ses compatriotes. Mais la « patte » HIM demeure, et le public suit.
Reste encore à acquérir une dimension internationale. C'est-à-dire à s'implanter aux Etats-Unis. Un problème lié au nom freine un temps la conquête de ces nouveaux territoires. Un autre groupe possède en effet les droits sur le patronyme. HIM se transforme alors en HER, avant de racheter les droits du nom tant convoité.
Le quatrième opus, Love Metal, leur ouvre enfin les portes du marché américain, avec des références blues/rock (voire pop) de plus en plus marquées. D'ailleurs, l'album a été enregistré aux States sous la houlette de Tim Palmer, producteur, entre autres, de Robert Plant et U2. Du côté des textes, on nage toujours et encore au milieu de complaintes inspirées par l'amour et la mort (celle des sentiments, pas la mort physique, tient à préciser Valo), que les fans du monde entier reprennent en ch½ur. Ces derniers, dans une idolâtrie quasi mystique, vont même jusqu'à se faire tatouer le symbole du groupe, le fameux Heartagram, mélange d'un c½ur (l'aspect romantique) et d'un pentacle (le côté noir de HIM).
L'actualité de ce début d'année 2006 est chargée : la promotion du nouvel album, Dark Light, sorti il y a quelques mois, un DVD regroupant l'intégralité des clips... HIM côtoie toujours les sommets du showbiz. D'ailleurs, Valo a récemment fait la couverture du célèbre magazine britannique Kerrang. Au risque d'accentuer l'image d'un groupe qui ne serait que le faire-valoir de son charismatique leader.